Lille Métropole 2020 World Design Capital

Présentation des œuvres céramiques d’Audrey Ballacchino

Je préfère le rococo parce qu’il remplit. De cette masse l’imaginaire y extrait ce qu’il veut et de là peuvent s’opérer les glissements. Le style rocaille désignait originairement les petits cailloux, coquillages et mousses à orner une grotte, à faire des rochers pour décorer certains espaces domestiques pittoresques, on le retrouve dans ces petites églises siciliennes surchargées qui longent la côte. Il propose ce qu’il nous faut de torsades pour s’enfouir. J’emprunte son vocabulaire au rocailleux, il vient charger mes objets d’un symbolisme trivial pour en faire des passeurs d’un espace rituel à un autre, ils évoquent volontiers des mémoires de choses. 

Mon père étant natif de Licata mais appartenant à la vague d’immigrés italiens qui a rompu le lien d’appartenance pour des raisons d’intégration dans le pays d’accueil, je suis issue de ces générations qui portent leur origine par des restes. Investir l’art populaire sicilien, c’est renouer avec une culture proche et loin qui s’est retrouvée instinctivement dans mes gestes et dans mes formes. C’est recycler un héritage en m’appuyant sur des figures typiques (pommes de pin, têtes maures, citrons, figues de barbaries, visages-bénitiers…) qui sont collées paf paf. Faire le chemin pour confronter son souvenir de carte postale à un réel rafistolé et faire l’épreuve de la ruine dans ce royaume lumineux baigné.

Par là je voudrais bien composer une table comme ils composent leurs autels de coin de rue : tu marches sur des merdiers mais tu regardes bien au-dessus les fleurs plastiques roses passées, la fausse bougie et l’image bleue. Et tu manges un bout n’importe, tu t’assieds pas forcément, il se passe quelque chose, ça passe rapidement, tu reprends.”

Crédit photo : ©Audrey Ballacchino