Lille Métropole 2020 World Design Capital
Savoir d’où vient le design permet de mieux voir où il est raisonnable, judicieux et opportun de l’y amener, de l’orienter en pratique.”
  • Pourquoi le design est-il capital ?

Le design, en tant qu’activité créative rapprochant art et science de la conception, est important au point qu’il est, en effet, permis d’arguer, qu’il est capital […], notamment, qu’il arbore ou procède d’une position que je qualifierais de critique” face au monde extérieur, à ses évolutions prioritairement sociétales, environnementales, trouvant (fort d’un certain travail de discernement) à le questionner, à l’interroger, à le mettre en crise” et en doute sur ses orientations et résolutions multiples d’ordre économique, social, culturel et politique, entre autres. Tout ce qui s’avance, se fait au nom du design venant servir, c’est-à-dire assister ou assoir servilement, complaisamment, obligeamment des intérêts et/​ou autorités quelconques ne devrait (pas ou plus), à mon sens, pouvoir se revendiquer du nom. À bon entendeur…

  • Quel serait, selon vous, l’avenir, le futur du design ?

Il n’est pas tâche aisée de dire ou prédire ce que sera le futur du design. Gageons qu’il trouvera à l’avenir à mieux s’arrimer, se rapprocher de son histoire. Je m’explique. Les mariages actuels, et nombreux, du design avec d’autres disciplines, d’autres champs, domaines et milieux spécialisés’ (design social/​design et innovation sociale/​design de service public ; design écologique/​écodesign ; design du soin (care), le plus souvent des petits soins”, etc.) amorcent et augurent souvent des découvertes, des avancées tout à fait notables pour” le design ; reste qu’il en coûte le plus clair du temps des oublis et négligences, pour ne pas dire des abandons, de ce qui eut fait, fondé, établi le design dans les premiers temps de son histoire. En outre, l’abondance des spécialisations nouvelles du design lui rajoutant sans cesse de nouveaux adjectifs (tels des étiquettes”) encoure des dispersions” (conceptuelles, théoriques, épistémologiques) assez souvent préjudiciables qui entrainent des contresens et incompréhensions diverses sur ce qu’est autant que sur ce qu’apporte véritablement le design. Sans nécessairement que chacun se fasse historien, veillons toutefois que l’amnésie ne règne pas à tous les étages. Savoir d’où vient le design permet de mieux voir où il est raisonnable, judicieux et opportun de l’y amener, de l’orienter en pratique. […]

  • Quel est votre matériau/​outil préféré ?

Encore et toujours, le dessin. Plus précisément, le dessin vectoriel. Je dessine tout ce que j’entreprends ou presque : objet, application, visualisation, installation, etc. Chacun de mes projets débute par des esquisses, puis des compositions dessinées fixant non le résultat à obtenir mais la direction, l’orientation à prendre. Ensuite, s’ouvre l’espace du projet (de la progettazione à il progetto, en italien) me faisant dériver” en divers endroits, lieux et espaces de conception qui chaque fois nourrissent, enrichissent les intentions et idées de départ. Mes dessins en guise de pseudo-boussole, mon IDE (Integrated Development Environment, environnement de développement où vient se déposer, s’agencer le code) comme embarcation, ainsi vais-je voguant [rire]…

  • Quel est votre projet design préféré dans la métropole ?

Nombre d’initiatives portées par Lille Métropole 2020, Capitale Mondiale du Design, qu’il s’agisse des POC, des expositions et autres manifestations, m’apparaissent fort riches d’intérêt. Venant de faire paraître (en octobre dernier) aux éditions T&P Publishing, un ouvrage intitulé staatliche bauhaus cent pour cent 1919 — 2019” célébrant à sa manière le centenaire du Bauhaus de Weimar, je serai tenté de retenir l’exposition des photographies d’Erich Consemüller, Das Bauhaus In Bildern” programmée au WAAO fin janvier 2020. Plus que la célébration, la relecture, le réexamen et la redécouverte de ce lieu”, moment” dans l’histoire et de ce qui s’y fut fait, créé est d’une importance là encore capitale”.

  • Quel projet design faut-il, selon vous, découvrir absolument ?

Je dirais peut-être le projet estampillé mobilier brassé” du jeune designer Franck Grossel née de la sollicitation du Syndicat des Brasseurs des Hauts-de-France. Celui-ci explore les diverses propriétés techniques et matérielles/​physiques (en sus de celles économiques) des drêches de brasserie dans le cadre de la confection-fabrication mobilière. […] plus qu’un réinvestissement et réemploi de substrats a priori pauvres”, résiduaires, ces projets sont avant tout une fine manière de scruter et d’analyser tant nos sociétés marchandes, turbo-capitalistes, et avec elles nos industries et les conduites de leurs objets/​appareils productifs, que nous-mêmes, si je puis dire, en notre qualité de consommateur (disposant tous du libre choix), dans ce à quoi nous sommes disposés, enclins à accorder de la valeur…

Interview de David Bihanic, designer-chercheur
Fondateur de l’agence de création FXDESIGNSTUDIO
Commissaire de l’exposition 123 data” — Tripostal / Lille
Exposé au Tripostal / Lille dans​“Designer(s) du Design” du 29.04 — 02.08

www​.davidbihanic​.com